Sharepic facebook_1200x1200Aujourd’hui, je publie toutes les réunions que j’ai eues avec des lobbyistes et représentations d’intérêts cette année. À partir de maintenant, tous celles qui auront lieu seront publiées en open data.

Plusieurs membres de mon groupe Verts/ALE font de même, en utilisant un outil open source, un logiciel libre, qui a été développé à mon initiative afin de mieux remplir nos obligations d’être transparents et de rendre des comptes à tous les Européens.

Le double défi de l’équilibre et de la transparence

Dès que j’ai été nommée rapporteure du rapport sur le droit d’auteur et les droits voisins, les demandes des lobbyistes ont commencé à affluer. Comme si soudainement tout le monde souhaitait me rencontrer.

Mais était-ce vraiment « tout le monde » ? En réagissant uniquement aux demandes entrantes, en acceptant certaines et en rejetant d’autres, aurais-je vraiment obtenu une vision équilibrée des opinions de ceux qui pourraient être affectés par la législation sur le droit d’auteur et les droits voisins – ou auraient les lobbys industriels, avec de plus gros budgets pour parler plus fort, noyés les voix de la société civile? Qui, par manque de ressources ou de prise de conscience, risquait de manquer à l’appel et devait être contacté ?

D’autre part : quelle façon de publier les données recueillies permettrait au mieux un examen et une contribution par la société civile ? Quelle était la meilleure manière de lever le voile sur le processus derrière mon travail parlementaire ?

J’ai commencé à classer les demandes par type d’organisation en compilant une liste des réunions que j’ai acceptées dans une feuille de calcul que j’ai ensuite publiée. Ça a été beaucoup de travail pour garder tout à jour, mais cela a payé : il était alors bien plus facile d’équilibrer les demandes de rendez-vous, et a permis de contrebalancer le surplus de demandes venant des éditeurs et des fournisseurs de services et d’identifier les groupes que je devais joindre de façon proactive, comme les auteurs ou les universitaires.

Mais il devait y avoir une meilleure solution.

On doit pouvoir faire mieux… programmons quelque chose !

Pour preuve qu’il est bon d’avoir des hackers en politique, les membres de mon bureau ont cherché à automatiser le processus. Il y avait une évidence : chaque étape nécessitant un effort manuel signifiait que nos efforts de transparence prendraient plus de temps, seraient plus prônes à l’erreur et vus comme une charge administrative additionnelle.
Nous devions extraire les données des réunions depuis leur source : mon calendrier.

Le Parlement Européen utilise un environnement IT basé sur des solutions Microsoft et interdit strictement toute modification. Mab, un Pirate Suédois qui a assisté ma prédecesseure Amelia Andersdotter et travaille maintenant pour le groupe des Verts, donne aux nouvelles recrues un conseil pragmatique qui peut être difficile à avaler pour les fervents supporters du logiciel libre : « Apprenez à vivre avec Outlook, lutter contre ne fait qu’empirer les choses ». Ne pouvant installer de logiciels non-approuvés sur nos ordinateurs, obtenir les données n’allait pas être chose facile.

Mais il y a une action que vous pouvez effectuer avec les évènements dans Outlook afin de combler l’écart : vous pouvez inviter une adresse courriel externe à participer aux réunions. Quelques jours plus tard, nous avions développé une démonstration de faisabilité : en ajoutant un « invité robot » (tout simplement un logiciel qui a sa propre adresse mail), nous pouvions extraire les données de l’évènement, et le republier sure une page web, avec un effort quasi nul. LobbyCal était né.

maintenant, suivez notre exemple !

PC012765lobbycalRegarder la conférence de presse annonçant LobbyCal

J’avais été très heureuse de voir le groupe Les Verts/ALE adopter la Transparence et la Démocratie – deux de mes priorités personnelles – parmi leurs sujets centraux pour cette période législative. Le groupe a donc logiquement repris notre initiative à son compte, ce qui nous a permis de sous-traiter le développement, nous permettant de transformer une démonstration de faisabilité en un outil puissant et flexible. Aujourd’hui, LobbyCal est compatible avec la plupart des logiciels de calendrier (comme Google Calendar, Outlook et Zimbra) et s’intègre de façon transparente dans plusieurs systèmes web de gestion de contenus.

Et maintenant, nous espérons aller encore plus loin. Je suis ravie que la renommée ONG Transparency International ait accepté de prendre en charge la gestion du code (sur Github, ici, ici et ) pour le transformer en un projet non-partisan et encourager les députés des autres groupes et les fonctionnaires d’autres niveaux à l’utiliser. Évidemment, c’est un logiciel libre, mis dans le domaine public grâce à une licence CC-0. Les contributions et les dérivés sont les bienvenus !

Bien sûr, fournir des données brutes est seulement la première étape. Je ne m’attends pas à ce que de nombreux électeurs scrutent manuellement les réunions de leur eurodéputé. L’outil publie les données dans un format informatique ouvert pour permettre au grand public et aux ONG de les analyser, trouver des tendances et en tirer des conclusions (la documentation de l’API est encore en cours). À terme, ces données seront plus utiles non pas en les liant aux députés européens mais plutôt aux éléments d’une pièce de législation : chaque loi devrait être présentée avec une « empreinte législative » complète vous permettant d’enquêter sur les influences qui ont pesées sur sa création.

Que découvre-t-on avec la transparence ? Par exemple, des déséquilibres flagrants comme celui-ci : Günther Oettinger est le second Commissaire qui a rencontré le plus de lobbyistes – et 93% d’entre eux représentent des entreprises. « Durant sa première année en poste il a rencontré seulement 6 ONG. Deutsche Telekom a à elle seule eu presque autant de rendez-vous que toute la société civile réunie« , a analysé TI.

Je peux vous assurer que je vais prêter plus qu’une oreille à la société civile.
Croyez-moi sur données (pas sur parole).

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Dans les limites permises par la loi, l'auteur a levé tout droit d'auteur et droits voisins sur ce travail.

My name is Julia, I'm the Pirate in the European Parliament.

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One comment

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    Dominique Filatre

    Bravo Julia ! Je relaie par twitter et auprès de mes amis de @OpenGov.Fr . Freundliche Grüße